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Espagne : en pleine crise du logement, Sánchez fait le pari de convoquer des élections anticipées
information fournie par AFP 05/10/2026 à 15:55

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez à Madrid le 2 octobre 2026 ( AFP / JAVIER SORIANO )

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez à Madrid le 2 octobre 2026 ( AFP / JAVIER SORIANO )

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a convoqué lundi des élections anticipées pour le 29 novembre, un pari en vue de reprendre l’initiative politique et de se maintenir au pouvoir après le rejet par les députés des mesures destinées à mettre un terme à la crise du logement.

"J’ai décidé de convoquer dès ce (lundi) matin un Conseil des ministres extraordinaire afin de dissoudre les chambres et de convoquer des élections législatives qui auront lieu le dimanche 29 novembre", a déclaré Pedro Sánchez dans une allocution solennelle prononcée du palais de la Moncloa, sa résidence officielle.

"Pour mener en profondeur les réformes en suspens dont nous avons besoin (...), nous devons nous mobiliser et obtenir que le Parlement nous accorde une majorité bien plus large, progressiste, grâce à laquelle nous pourrons faire plier les élites, conquérir de nouveaux progrès sociaux", a ajouté ce dirigeant socialiste, qui a déjà annoncé plusieurs fois son intention de se présenter de nouveau aux législatives.

Sa décision ouvre une nouvelle page politique en Espagne, où les prochaines législatives étaient initialement attendues pour la mi-2027.

Les sondages d’opinion les plus récents placent le principal parti d’opposition, le Parti populaire (PP, conservateur), devant les socialistes mais le PP n’obtiendrait pas la majorité absolue et pourrait être contraint de négocier avec l’extrême droite de Vox, actuellement la troisième force politique en Espagne.

"Reconstruction nationale"

"Si huit années n'ont pas suffi, pourquoi vouloir quatre ans de plus ?", a réagi lundi le chef du PP Alberto Nunez Feijóo, dont le parti réclamait régulièrement la convocation d'élections anticipées, se réjouissant que les Espagnols puissent "enfin" se prononcer.

"Ce qui est en jeu aux prochaines élections n’est plus la simple alternance. C’est la nécessité impérieuse d’engager une reconstruction nationale", a-t-il ajouté.

L’annonce surprise faite par M. Sánchez, au pouvoir depuis 2018, intervient après le dur revers politique essuyé vendredi au Congrès, qui a de nouveau mis en lumière les difficultés de son gouvernement de coalition minoritaire à faire adopter ses initiatives législatives.

Affaibli depuis des mois par les affaires touchant ses proches, encore fragilisé depuis l'été par les critiques sur sa gestion de la crise migratoire de Ceuta, Pedro Sánchez espère pourtant paradoxalement profiter de ce dernier accroc législatif pour tenter de capitaliser sur la colère née chez les électeurs de gauche contre les partis de droite qui ont rejeté ces mesures.

L'expulsion il y a une dizaine de jours de Maricarmen Abascal, une femme de 87 ans contrainte de quitter le logement qu'elle occupait depuis 70 ans après son achat par un fonds souhaitant en augmenter le loyer de 275 %, a déclenché en Espagne un vaste mouvement de protestation.

Des centaines de manifestants campent le 2 octobre 2026 sur la Puerta del Sol, en plein cœur de Madrid ( AFP / Oscar DEL POZO )

Des centaines de manifestants campent le 2 octobre 2026 sur la Puerta del Sol, en plein cœur de Madrid ( AFP / Oscar DEL POZO )

"Aujourd'hui débute une campagne électorale qui va être profondément marquée par le logement, cela va être la question centrale", a réagi à la mi-journée Alicia del Rio, une porte-parole du syndicat des locataires de Madrid.

"Cette vague d’indignation est irrésistible et nous n’allons pas nous arrêter", a-t-elle poursuivi, relançant un appel à la grève générale déjà formulé au cours de manifestations qui ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes en Espagne samedi.

Sur la Puerta del Sol, la vaste place du centre ultra touristique de Madrid, des centaines de militants organisent depuis une petite dizaine de jours un campement de fortune pour faire pression en faveur de réformes après l'expulsion de Maricarmen Abascal, devenue le symbole des difficultés d'accès au logement qui frappent l'Espagne depuis des années.

"Quelque chose à dire"

Le chef des conservateurs (PP) Alberto Núñez Feijóo, le 2 octobre à Madrid ( AFP / JAVIER SORIANO )

Le chef des conservateurs (PP) Alberto Núñez Feijóo, le 2 octobre à Madrid ( AFP / JAVIER SORIANO )

Au milieu des tentes, protégées des averses tombées ces derniers jours sur la capitale espagnole par de vastes bâches bleues, Sara Prieto Aparicio, une étudiante de 19 ans, veut croire que la convocation de nouvelles élections était "ce qu'il y avait de mieux à faire".

"Il n'y a pas de majorité au Parlement" pour des mesures comme celles défendues par les manifestants, insiste la jeune femme, qui campe sur la place depuis une semaine : "Et je pense aussi que c'est la meilleure solution de poursuivre l'action avec ce camp, parce qu'il s'agit d'une grande mobilisation citoyenne et je pense que ce sera favorable pour les élections".

"Ce mouvement a clairement quelque chose à dire", renchérit Maricarmen Lopez Vila, une retraitée de 69 ans présente lundi matin pour soutenir les manifestants. "Dans toute l'Espagne il se passe la même chose, ça doit vouloir dire quelque chose, c'est contre la droite", assure-t-elle.

Le rejet des propositions du gouvernement, notamment la suspension jusqu'en 2030 les expulsions de personnes vulnérables, le renouvellement automatique des contrats de location et des mesures contre les fonds dits "vautour", a indigné les défenseurs du droit au logement.

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